vendredi 27 décembre 2013

Charles Drelincourt – Pourquoi la mort nous effraie


 


Dans le sixième chapitre des Consolations Charles Drelincourt pose la question pourquoi la mort nous effraie, afin de pouvoir y remédier. Il dresse une liste de dix-huit raisons :
  • Nous ne pensons pas assez souvent à notre propre mort.
  • Nous vivons comme si elle était encore loin et nous évitons son contact, ce qui fait que nous perdons nos moyens quand la mort frappe à notre porte.
  • Nous perdons de vue que Dieu est souverain aussi sur notre mort et qu’elle nous frappe quand il le veut.
  • Nous nous attachons trop aux choses de ce monde, surtout quand il est temps de préparer notre mort.
  • Nous vivons mal, ce qui fait que nous ne sommes pas prêts quand la mort arrive.
  • Nous ne faisons pas confiance à la providence de Dieu et avons l’impression que le monde a besoin de nous.
  • Nous avons peur d’abandonner notre corps et nous manquons de confiance en Dieu.
  • Nous nous faisons une fausse image de Dieu, en le voyant comme un juge en colère, et non pas comme un Père aimant.
  • Nous manquons de confiance en l’efficacité du sacrifice de Jésus-Christ.
  • Nous oublions qu’en mourant nous suivons l’exemple du Seigneur.
  • Nous oublions que Christ a vaincu la mort.
  • Nous oublions aussi qu’il nous a précédé pour nous préparer une place.
  • Nous faisons peu de cas du lien inaltérable par lequel l’Esprit nous unit au Christ.
  • Nous pensons uniquement à ce que nous perdons en mourant, mais nous oublions les peines dont la mort nous délivre.
  • Nous ne voyons pas que la mort nous délivre des chaînes restantes de notre servitude au péché.
  • Nous n’enracinons pas notre pensée dans la félicité qui nous attend.
  • Nous pensons uniquement à la décomposition de notre corps, sans considérer sa résurrection future.
  • Nous ne pensons pas assez à la gloire à venir.
L’auteur s’efforcera à donner des remèdes à ces maux dans les chapitres à venir.

Aussi publié sur mon site consacré à la grande prédication chrétienne (ici).
On y trouvera également le facsimilé du texte ainsi qu’un enregistrement audio.

samedi 23 novembre 2013

Laurent Drelincourt - Sur la création du monde



Laurent Drelincourt (1625-1680) exalte la puissance du Créateur :

J’adore l’invisible et l’immortelle essence,
Qui, de ses propres mains, a bâti l’univers :
Je bénis l’Eternel, dont mille effets divers
Font éclater la gloire et la magnificence.

A tout ce qui respire il donna la naissance :
Il suspendit la terre, il étendit les airs :
Il fit les jours, les nuits, les étés, les hivers ;
Et du lambris des cieux forma le tout immense.

Mais, de quelle matière, et par quels instruments,
Composa-t-il, alors, ces riches bâtiments,
Qui nous font admirer sa puissance suprême ?

De rien tu fis ce tout, par ta divine voix,
Tout-puissant Créateur, tu trouvas en toi-même,
La substance, la forme, et l’ordre que j’y vois.


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lundi 11 novembre 2013

Comment il ne faut pas prêcher - Placide



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Voici le quatrième portrait d’un mauvais prédicateur, extrait du traité « Comment il ne faut pas prêcher » de Napoléon Roussel (1857). Il s’agit de Placide. Méfiant à égard de la raison, ce prédicateur s’arrête à la lettre du texte biblique. Ses sermons sont de longs enchaînements de passages bibliques dont le seul élément de liaison est l’association de mots-clé.
« … ses citations ne se lient ni par le sens, ni par la tendance, mais par les mots. Ce sont des bouts de fil de toutes couleurs, longueur et grosseur, ajoutés les uns aux autres, et déroulés pendant une demi-heure ; fils de soie et d’or, sans doute, mais fils qui, noués de la sorte , perdent presque toute leur valeur ; un passage en chasse un autre, et le seul qui vous reste est toujours le dernier. »
Roussel donne un exemple savoureux d’un tel enchaînement de phrases :
« Nous méditerons ensemble, dit Placide, ces paroles de l’Evangile selon saint Mathieu : « J’ai retiré mon fils d’EGYPTE. » Mes frères, l’EGYPTE, c’est le monde, c’est BABYLONE, selon qu’il est dit dans l’Apocalypse : la ville qui s’appelle spirituellement Sodome et Egypte, où même NOTRE SEIGNEUR a été crucifié ; car, comme le dit saint Paul aux Corinthiens, NOTRE SEIGNEUR a été livré pour nos offenses, et il est ressuscité pour notre JUSTIFICATION ; et vous savez qu’ailleurs le même apôtre a dit : « Personne ne sera JUSTIFIE par les œuvres de la LOI. » En effet, la LOI donne la connaissance du PECHE, et le salaire du PECHE, c’est la MORT, la MORT ETERNELLE ; car il y a une MORT ETERNELLE comme il y a une VIE ETERNELLE. Selon cette déclaration, les uns iront à la VIE ETERNELLE et les autres au feu éternel, le feu dont il est dit qu’il ne s’éteint point et le VER, qui ne meurt point ; le VER qui ne meurt point, c’est le serpent, c’est SATAN, et SATAN signifie calomniateur, MENTEUR ; sans doute parce que le serpent à MENTI à Eve en lui disant : « Vous ne mourrez point, mais vous serez semblables à des Dieux. »
Bien entendu, vu que le prédicateur saute du coq à l’âne, sans avoir idée précise d’où il veut en venir, l’auditeur a du mal à suivre. Le discours s’arrête, non pas quand le sujet est traité, mais quand le temps imparti s’est écoulé.

Si les paroles de Placide sont bibliques, son style ne l’est pas, car les auteurs bibliques puisent leurs mots, leurs images, leur langage dans le contexte de leur époque ; ils « se servent des objets qui sont sous les yeux, sous les mains de leurs auditeurs ; et l’on peut supposer que d’après la même règle, Jésus, les prophètes et les apôtres, s’adressant aux Français ou aux Chinois de nos jours, leur eussent parlé d’opium et de chemins de fer. » Du coup, tisser un sermon d’aujourd’hui avec les mots et les images d’autrefois, c’est faire le contraire de ce qu’ils ont fait, « c’est conserver leur lettre morte et tuer leur esprit, c’est ajouter la difficulté de saisir la figure inconnue à la difficulté de comprendre l’objet figuré, et ainsi c’est donner des idées fausses ou rebuter les auditeurs ».

Roussel conseille de ne pas trop citer la Bible, mais de dire les choses en bon français, dans un style populaire et moderne, et d’insérer, de temps en temps, un mot biblique, qui du coup se trouve valorisé. Un trop plein de citations a l’effet contraire.

L’auteur estime que l’absence de méthode chez Placide a pour origine sa paresse intellectuelle ; le fait d’enfiler des phrases toutes faites permet de passer pour profond auprès de ceux qui ne comprennent pas ce langage, et de créer une impression de piété.

Placide risque d’ennuyer ses auditeurs, et ce qui est bien plus grave encore, de détourner les gens de l’Evangile. Roussel conclut :
« C’est bien assez que la sagesse de Dieu paraisse une folie à l’homme naturel, sans aller lui donner un aspect étrange ; et vous feriez bien mieux de vous donner un peu de peine pour la faire comprendre en style simple, dans ce style dont vous et tout le monde vous servez tous les jours ! »

Egalement publié sur mon site consacré à Adolphe Monod (ici).

samedi 26 octobre 2013

Laurent Drelincourt - Sur le Saint-Esprit



Laurent Drelincourt (1625-1680) chante le Saint Esprit :

Esprit saint et divin, porte-moi sur ton aile,
Au séjour bienheureux de ton éternité,
Pour y voir des rayons de ta divinité,
Sinon la vive flamme, au moins quelque étincelle.

Mais j’aperçois déjà ta splendeur immortelle :
Je t’adore, ô grand Dieu ! qui dans la trinité,
Termines, seul, l’amour et la fécondité,
Qui du Père et du Fils sont la gloire éternelle.

Achève aussi, pour moi, mon doux consolateur,
L’œuvre dont, par ton Fils, le Père fut l’auteur :
Fais-moi sentir ta force et ta bonté suprême.

Le Père a bien donné son Fils pour me sauver ;
Le Fils, pour mon salut, s’est bien donné soi-même ;
Mais sans toi, ce salut ne se peut achever.


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jeudi 24 octobre 2013

Charles Drelincourt - l’action du Christ sur la mort (2)





Dans le cinquième chapitre des Consolations, Charles Drelincourt s’intéresse à la mort physique des croyants et à la manière dont la victoire du Christ s’étend à eux.

La mort fait partie de la condition humaine depuis la chute ; elle exprime l’effet du péché. A cet égard, Dieu traite différemment le corps de l’homme et son âme ; celle-ci est lavée alors que le corps est détruit. La mort abolit ainsi les restes de notre corruption.

Pourquoi les croyants doivent-ils passer par là ? Drelincourt invoque trois raisons : la résurrection corporelle est une démonstration éclatante de la puissance de Dieu ; elle met sur un pied d’égalité les croyants de l’ancienne et de la nouvelle alliance, et, surtout, elle nous conforme à l’image du Fils qui a lui aussi connu la mort.

La mort a perdu de son éclat depuis la résurrection du Fils, qui l’a vaincue pour nous et qui continue à la vaincre en nous. Tel un chef d’armée, il est attentif à notre lutte, il nous revêt de son Esprit et de ses armes et il désarme la mort, en lui enlevant son dard, la malédiction de la loi.

Il n’est donc pas étonnant que la mort des chrétiens est différente de celle des autres hommes, malgré les apparences. Elle n’attaque que leur extérieur et n’atteint pas l’âme, et même l’abandon du corps n’est pas une victoire définitive de la mort, car un jour, les enfants de Dieu retrouveront leur corps, dans un état parfait. En ce sens, la mort physique peut être comparée à l’abandon d’une position par un guerrier qui se replie, pour un temps. Drelincourt estime qu’à certains égards, le corps est comme une prison pour l’âme, et il va jusqu’à dire que « nous … contemplons [la mort] avec un ravissement de joie ». Au fond, pour lui, il ne faudrait pas parler d’une « mort » des croyants, car pour eux, c’est le début d’une vie. Tout au plus est-elle une espèce de sommeil ; lors du jugement, les croyants sortiront indemnes de la mort, et celle-ci se verra définitivement anéantie.

Ainsi les trois aspects de la mort, « la corde à trois cordons que le diable avait filée pour en étrangler les hommes », sont traités par l’œuvre du Fils : à la croix il nous a racheté de la mort éternelle ; en faisant son Esprit œuvrer en nous, il nous vivifie ; quant à la mort corporelle, il en a enlevé l’amertume et nous a délivré de toutes nos frayeurs.

Drelincourt clôt le chapitre en annonçant qu’il approfondira tous ces aspects dans la suite de son ouvrage.

Il nous semble que ce chapitre cinquième sonne très juste, dans son ensemble. L’explication des raisons de la mort même des chrétiens est à la fois concise et lumineuse. La présentation de la mort des croyants de la nouvelle alliance paraît également très équilibrée, même si certaines formules sont peut-être un peu trop triomphalistes ; dire que la mort est pour le chrétien un « ravissement de joie » paraît excessif.

A noter aussi l’usage abondant et très intéressant de l’Ancien Testament. Drelincourt illustre bon nombre de ses affirmations en utilisant des passages narratifs de l’Ancien Testament. Il y a là un début d’allégorie, mais le pasteur de Charenton ne tire jamais des conclusions extravagantes ou abusives et reste assez sobre. Cette façon d’utiliser l’Ancien Testament, si elle flirte avec l’allégorie, semble donc tout à fait acceptable.

NB : A titre de curiosité, on peut signaler l’interprétation toute physiologique du chapitre 12 de l’Ecclésiaste, à la fin du premier paragraphe du chapitre. Comme on le voit à travers les fils de Charles, à la maison Drelincourt on cultivait deux sciences : la théologie et la médecine.


Aussi publié sur mon site consacré à la grande prédication chrétienne (ici). On y trouve également le facsimile du texte et un enregistrement audio.

mardi 22 octobre 2013

Massillon - La mort du pécheur et la mort du juste



 

Le texte de base

 

Ap 14.13 : Heureux sont les morts qui meurent dans le Seigneur

 

Contenu

 

Dans ce sermon, Massillon cherche à dépeindre la mort du pécheur et celle du juste afin de susciter la terreur et le désir chez ses auditeurs, étant donné que leur mort correspondra nécessairement à l’une de ces deux situations. Tout le discours est axé sur ce contraste saisissant. 

La première partie du sermon, consacrée à la mort du pécheur, part du constat de la brièveté et de l’incertitude de la vie. La mort est inéluctable, et elle n’a que deux issues. 

L’heure de sa mort est terrible pour le pécheur. En contemplant sa vie passée, il y voit des peines inutiles, des plaisirs éphémères et des crimes qui vont le suivre. 

Toutes les peines qu’il a endurées, toute l’agitation de sa vie, tout cela n’a pas porté des fruits durables ; il se rend compte qu’il a beau avoir rempli l’histoire de ses actions et le monde du bruit de son nom, il n’a rien qui puisse le suivre devant Dieu. La perspective change lorsqu’on contemple sa vie alors qu’elle est sur le point de se terminer. 

Les plaisirs de la vie, quant à eux, n’ont duré qu’un instant. Et à bien des égards, ils ont été la source de tous ses chagrins, sans compter le fait que Dieu l’en tiendra responsable. 

Et à cela s’ajoute que le mourant trouve aussi la mémoire de ses crimes. Or le jugement de Dieu approche ! Et son entourage même rappelle au pécheur ses méfaits :
« Tout ce qui environne le lit de sa mort fait revivre dans son souvenir quelque nouveau crime ; des domestiques qu’il a scandalisés ; des enfants qu’il a négligés ; une épouse qu’il a contristée par des passions étrangères ; des ministres de l’Eglise qu’il a méprisés ; les images criminelles de ses passions encore peintes sur ces murs ; les biens dont il a abusé ; le luxe qui l’entoure, dont les pauvres et ses créanciers ont souffert ; l’orgueil de ses édifices, que le bien de la veuve et de l’orphelin, que la misère publique a peut-être élevés ; tout enfin, le ciel et la terre, dit Job, s’élèvent contre lui, et lui rappellent l’histoire affreuse de ses passions et de ses crimes … »
Et ce n’est pas tout. Ce qui se passe autour du mourant lui est source de tristesse : ses surprises, ses séparations et ses changements. 

Le pécheur est surpris par l’avènement du jour du jugement alors qu’il n’a pas encore mis de l’ordre dans sa conscience. Il pensait arrivé le moment de profiter des achèvements de la vie, mais le sol se dérobe sous ses pieds. Cette surprise est amplifiée par le fait que tout le monde autour de lui cache la réalité de son état. Lui-même refuse d’ouvrir les yeux sur l’imminence de sa mort. Il se voit donc confronté, au dernier moment, à l’impossibilité de revenir sur ses pas. 

Le pécheur subit alors des séparations douloureuses : séparation d’avec les choses qu’il a accumulées, séparation d’avec la splendeur qui l’environne, séparation d’avec ses charges et honneurs, séparation d’avec son corps, séparation d’avec ses proches et ses amis, séparation d’avec le monde, séparation d’avec toutes les autres créatures. 

Enfin, tout change pour le pécheur mourant : Tout le monde l’abandonne et se retire de lui, car il n’y a plus rien à espérer de la part du mourant. Ses louanges s’abiment dans l’oubli. Son corps se désintègre, et tout autour de lui ne lui renvoie que l’image de la mort. 

La pensée de l’avenir génère en lui des sentiments d’horreur et de désespoir, face à cette région de ténèbres inconnue, cet abîme immense. Son tombeau horrible la perspective du jugement redoutable qui l’attend ont de quoi le faire trembler. Confronté à la proximité immédiate de la mort, il désespère alors de la clémence divine et ne saisit pas les remèdes que la religion offre au mourant. Même l’invitation du prêtre « Partez, âme chrétienne » lui est amère, car il a vécu comme s’il n’avait pas d’âme, et il doit constater que c’est elle qui va se présenter au jugement. Comment s’étonner que sa mort est un supplice. 

La deuxième partie du sermon est consacrée à la mort du juste. Lui aussi connaît quelque chose de l’horreur de la mort, mais celle-ci est surmontée par la grâce. En citant St Bernard, Massillon évoque de nouveau le regard du mourant vers le passé, vers le présent et vers l’avenir, mais cette fois-ci cette contemplation est source de joie. 

Le souvenir du passé suscite dans le mourant le soulagement de voir la fin de ses peines (requies de labore). Rien n’est plus réconfortant pour cette âme que le souvenir des violences qu’elle s’est faites pour Dieu, mais aussi des afflictions passagères, des tentations surmontées, des attaques du monde enfin terminées, le risque de naufrage définitivement écarté. Les combats sont finis, les obstacles anéantis, elle est finalement arrivée à bon port. Le souvenir des chutes est bien sûr également présent, mais il est comme expié par la pénitence et le renouvellement de la ferveur ; la douleur des fautes est sublimée en joie et reconnaissance envers Dieu. Les anciennes miséricordes de Dieu en font espérer de nouvelles ; Dieu ne lui apparaît pas tant comme un juge terrible mais comme un père miséricordieux. 

Ce qui se passe autour d’elle est également pour elle une source de joie (gaudium de novitate). Contrairement au pécheur, rien ne la surprend ; le jour du Seigneur, loin de la surprendre, est pour elle l’accomplissement d’un désir. S’étant préparée à cette heure toute sa vie, elle meurt tranquille, consolée, sans frayeur. Alors que le pécheur mourant réalise qu’il s’était mépris à l’égard du monde, le juste était toujours convaincu de sa nature passagère, et il meurt dans la douce certitude d’avoir fait le bon choix. Les discours des ministres de l’Eglise lui sont doux et consolants. 

Le juste qui meurt ne subit aucunement la douleur de la séparation ; il ne regrette pas le monde et ses biens, ses titres et dignités, car il n’y était jamais attaché. La séparation d’avec ses proches et amis ne lui pèse que peu, car il sait qu’il les retrouvera bientôt auprès de Dieu. Il se sépare volontiers de son corps, c’est pour lui comme un vêtement étranger dont il se débarrasse. « Ainsi la mort ne [le] sépare de rien, parce que la foi l’avait déjà séparé de tout. » 

Aussi, les changements qui se font au lit de la mort ne changent rien au fond, pour l’âme fidèle. La raison s’éteint, mais elle était déjà captive de la foi ; ses yeux s’obscurcissent, mais elle ne contemplait déjà plus que les choses invisibles ; ses sens s’émoussent, mais là encore, elle s’était déjà interdit leur usage naturel. La mort du croyant le rend grand et digne.

La pensée de l’avenir est encore source de joie et de consolation pour l’âme fidèle confrontée à la mort (securitas de æternitate). Il y a là une inversion notable qui s’opère : alors que le pécheur avait vu son avenir avec assurance, la terreur le saisit dans ses derniers instants. L’âme fidèle, par contre, qui travaillait à son salut avec crainte et tremblement pendant toute sa vie, l’espérance l’envahit lorsque la mort approche.
Lorsque les ministres de l’Eglise lui enjoignent de partir, c’est un grand bonheur pour elle ; elle s’endort tranquillement et retourne à Dieu.

 

 Structure 

 

Dans l’ensemble, ce sermon est extrêmement travaillé du point de vue de la structure. 

L’entrée en matière me semble très réussie et profonde (« on meurt comme on a vécu »). Massillon indique clairement les deux parties de son discours dont l’une est consacrée à la mort du pécheur et l’autre à la mort du juste. A l’intérieur de ces parties, on trouve une structuration très nette. Massillon aime à annoncer les (généralement, trois) points qu’il va traiter, à les énoncer clairement en cours de traitement et à les rappeler en résumé. 

Introduction 

Partie 1 : la mort du pécheur
  • Contemplation du passé
    • peines inutiles
    • plaisirs éphémères
    • crimes qui durent
  • Contemplation du présent (« ce qui se passe sous ses yeux »)
    • surprises
    • séparations
    • changements
  • Contemplation de l’avenir
Partie 2 : la mort du juste
  • Contemplation du passé : requies de labore
    • peines utiles
    • souffrances éphémères
    • fautes sublimées
  • Contemplation du présent : gaudium de novitate
    • aucune surprise
    • pas de séparation nouvelle
    • rien ne change
  • Contemplation de l’avenir : securitas de æternitate

 

L’importance du sermon 

 

Massillon sait appuyer là où ça fait mal et créer une atmosphère psychologique intense, qui va en crescendo. Surtout la description de la mort du pécheur montre une maîtrise remarquable des effets psychologiques ; il est difficile de rester de marbre face à cette attaque en règle. En revanche, la sérénité du saint mourant se reflète aussi dans la tonalité plus légère de la deuxième partie du sermon. Tout cela est parfaitement bien réglé et maîtrisé.

 

 Le style 

 

Massillon a une belle maîtrise de la langue française. Son sermon est très écrit, c’est un texte littéraire ; on est très loin de toute improvisation.

 

Eléments oratoires

 

Massillon utilise avec abondance la répétition comme élément structurant et interpellant. Quelques exemples suffiront :
  • « Ses surprises. » en introduction de paragraphe : 6 répétitions ;
  • « Séparation de … » en introduction de paragraphe : 7 répétitions ;
  • « Changement dans … » en introduction de paragraphe : 4 répétitions ;
  • « Cet avenir, cet(te) … » : 6 répétitions au sein d’un paragraphe ;
  • « en vain on … » : 4 répétitions au sein d’un paragraphe ;
  • opposition « On …, (et) il … » : 6 répétitions au sein d’un paragraphe ;
  • « Partez, âme chrétienne : 5 répétions au sein d’un paragraphe, puis encore quatre répétitions vers la fin du sermon

 

Faiblesses 

 

Massillon semble s’être adressé à un public familier du latin ; presque toutes les citations bibliques sont prises de la Vulgate. Cette particularité fait que le sermon en l’état est plus difficilement accessible à un public non versé dans cette langue, et lui confère un air quelque peu élitiste, du moins pour le lecteur moderne. 

Plus fondamentalement, il fait des textes bibliques (surtout Job, Esaië et les Psaumes) un usage presque marginal. Massillon est davantage psychologue que bibliste ; son discours semble davantage fondé sur l’expérience pastorale que sur les affirmations de l’Ecriture, qui servent plutôt comme bouts de phrases illustrant ses propos. D’ailleurs, la structure du sermon semble avant tout inspirée par une pensée de St Bernard. 

Sur le fond, j’ai été quelque peu gêné par cette insistance toute catholique sur la vertu de la souffrance, de la pénitence, des macérations, mortifications etc., un certain dolorisme qui ne semble pas avoir de répondant dans l’enseignement biblique. Quand on lit, par exemple, que le juste traite son corps « comme son ennemi » qu’il avait toujours châtié, crucifié, cela ne semble guère en phase avec une saine attitude biblique. 

Egalement publié sur mon site consacré à la grande prédication chrétienne (ici). On y trouve, entre autres, un enregistrement audio du sermon.

jeudi 26 septembre 2013

Esprit Fléchier – une petite biographie



Esprit Fléchier est né le 10 juin 1632 à Pernes-les-Fontaines près d’Avignon, dans le Comtat Venaissin, « d’une honnête famille, mais appauvrie et réduite au petit commerce ».

En 1648, il entre dans la congrégation des prêtres de la doctrine chrétienne (aussi connus sous le nom « Doctrinaires ») dont son oncle maternel, Hercule Audiffret (1603-1659), est alors le supérieur général.

L’étudiant, entre autres au collège de Tarascon, devient enseignant ; il enseigne notamment la rhétorique à Narbonne et se fait remarquer en 1659, en donnant l’oraison funèbre de M. Claude de Rebé (1587-1659), archevêque de Narbonne. La maladie et la mort de son oncle Hercule le font monter à Paris. Il souhaite y rester ; comme ses supérieurs ne l’y autorisent pas, il quitte la congrégation des Doctrinaires, mais, comme le dit Sainte-Beuve, « en se déliant avec douceur, comme ce sera toujours sa façon et sa méthode, en emportant et en laissant les meilleurs souvenirs ! ».

Simple catéchiste de la paroisse de Saint-Roch, il fait la connaissance de Valentin Conrart (1603-1675), le secrétaire perpétuel de l’Académie française, qui détecte son talent et le présente à Charles de Sainte-Maure, duc de Montausier (1610-1690) qui à son tour le recommande à la grande autorité littéraire de l’époque, Jean Chapelain (1595-1674). C’est la période mondaine de Fléchier ; il fréquente l’Académie des orateurs de Jean de Richesource (1616-1694) et le salon de Catherine de Rambouillet (1588-1665) qui est alors sur le déclin.

Fléchier écrit alors surtout des vers latins. En 1660, il envoie une pièce sur la paix de Pyrenées (Carmen eucharisticum) au cardinal Mazarin ; en 1661, il rédige une poésie sur la naissance du Dauphin (Genethliacon). Mais c’est surtout une poésie latine de 1662, consacrée au caroussel royal (Cursus regius), qui le fait connaître.

C’est en cette année que Fléchier entre dans la maison de Louis François Le Fèvre de Caumartin (1624-1687), maître des requêtes, pour être le précepteur de son fils, Louis Urbain (1653-1720). En 1665 il accompagne la famille à Clermont-Ferrand où se tiennent les Grands-Jours d’Auvergne, une forme de tribunal exceptionnel par lequel Louis XIV cherche à rétablir l’ordre et la paix civile tout en rétablissant son autorité. Fléchier rédigera les mémoires de ces événements à la demande de la famille Caumartin.

Ses sermons, et surtout ses oraisons funèbres contribuent à forger sa réputation et lui valent une place dans la haute société. En 1668, il devient notamment lecteur du fils aîné de Louis XIV, Louis de France (1661-1711).

En 1672 il donne l’oraison funèbre de Madame de Montausier et cette prestation lui vaut d’être reçu à l’Académie française en 1673, en même temps que Jean Racine (1639-1699) et l’abbé Jean Gallois (1632-1707). Son discours est un grand succès, au point de troubler Racine, qui doit parler après lui et qui, du coup, passe presque inaperçu.

Fléchier produit des éloges funèbres remarquées à l’occasion du décès de la duchesse d’Aiguillon et du vicomte de Turenne en 1675.

En 1676, Louis XIV lui octroie l’abbaye de Saint-Séverin (Seine-et-Marne) et le nomme aumônier de l’épouse du Dauphin, Marie Anne Victoire de Bavière (1660-1690).

En 1679 on publie son histoire de Théodose le Grand, rédigée à l’attention de Louis de France.

En 1682, au lendemain de l’Assemblée du clergé, Fléchier prêche l’avent pour la cour, qui apprécie.

Il est reçu docteur en Sorbonne en 1685. En cette année, qui est aussi celle de a révocation de l’Edit de Nantes, il voyage en Bretagne avec la mission de prêcher aux huguenots. Plus tard, toujours en 1685, il est nommé évêque de Lavaur (Midi-Pyrénées), mais il n’y reste pas longtemps, car en 1687 on lui confie l’évêché de Nîmes. Fléchier accepte, mais nous sommes en possession d’une lettre dans laquelle il implore le roi de le laisser poursuivre son travail à Lavaur.

Nîmes est alors une ville difficile, car peuplée de beaucoup de réformés ayant été obligés d’abjurer leur foi. Il semblerait que Fléchier ait fait preuve de bienveillance à l’égard des protestants.

Comme l’écrit Emanuèle Lesne-Jaffro, le vieil évêque « assiste, sans le comprendre, à l’embrasement des Cévennes et du Languedoc ».

Esprit Fléchier meurt le 16 février 1710 à Nîmes, à l’âge de 67 ans.

Il laisse derrière lui un grand nombre d’écrits, dont les plus célèbres sont probablement ses panégyriques (sermons faisant l’éloge d’un saint) et ses oraisons funèbres.

Il est représenté sur la fontaine Saint-Sulpice à Paris, ensemble avec trois autres évêques orateurs : Bossuet (1627-1704), Fénelon (1651-1715) et Massillon (1663-1742).


Sources principales :
  • « Éloge historique de Messire Esprit Fléchier, Évêque de Nismes », in : Recueil des oraisons funèbres prononcées par Messire Esprit Fléchier, Évêque de Nismes, Paris, 1774, 446 p.
  • Charles-Augustin Sainte-Beuve, Introduction aux Mémoires de Fléchier sur les Grands-Jours d’Auvergne en 1665, Paris, Hachette, 1862, 452 p.
  • Emanuèle Lesne-Jaffro, préface à Fléchier et les Grands Jours d’Auvergne, Tübingen, Narr, 2000, p. 7

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vendredi 13 septembre 2013

Laurent Drelincourt - Sur le Fils éternel de Dieu



Laurent Drelincourt (1625-1680) nous prouve que christologie rime avec poésie :


Sur l’aile de ma foi, jusqu’aux cieux transporté,
Grand Dieu, je vois ton Fils dans sa grandeur immense,
Engendré dans ton sein, sans avoir pris naissance ;
Et vivant avec toi, de toute éternité.

Je le vois ton égal, en force, en majesté :
Joint à toi par nature, et le même en essence ;
Distingué, toutefois, quant à la subsistance ;
Mais sans éloignement et sans diversité.

Etroite liaison ! Ineffable mystère !
Le Père dans le Fils, et le Fils dans le Père,
Sont unis, sans mélange, inséparablement.

De leur sainte union la merveille est extrême ;
Toute image à l’objet ressemble seulement ;
Mais l’image de Dieu, dans son Fils, c’est Dieu même.


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lundi 9 septembre 2013

Comment il ne faut pas prêcher : Cyrille



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Voici le troisième portrait d’un mauvais prédicateur, extrait du traité « Comment il ne faut pas prêcher » de Napoléon Roussel (1857).

Ayant réglé son compte à l’ennuyeux Pamphile, Napoléon Roussel se tourne vers un autre malfaiteur de la chaire, Cyrille, dont la spécialité est de spiritualiser les textes de la Bible. Il déniche un sens caché derrière les affirmations bibliques et interprète les éléments des récits bibliques à sa guise.
« Pour lui, la boue dont Jésus oint les yeux de l’aveugle signifie nos péchés ; le Sauveur, sur une barque, prêchant le peuple assis sur le rivage, figure la distance qu’il y a entre sa nature et la nôtre ; et ainsi de suite. Avec cette méthode, toute la Bible disparaît : histoire, psaumes, prophétie, lettres, tout est jeté pêle-mêle dans un chaos où Cyrille puise au hasard, et d’où sortiront de même des jeux d’esprit, aussi variés, aussi jolis que les dessins d’un caléidoscope. »
Pour réfuter Cyrille, Roussel se penche sur les bases de la sémantique et conclut qu’en général, « tout langage humain, même le plus chargé de figures, doit être pris dans le sens qui se présente le premier à l’esprit : pour tout dire en un seul mot, dans le sens naturel. »

Roussel anticipe l’objection qu’il pourrait en être autrement pour la parole de Dieu ; il note que tout langage est utilisé « non en vue de celui qui parle, mais de celui qui écoute », en l’occurrence l’être humain. S’il veut être compris des hommes, Dieu doit parler leur langage.

Mais ne pourrait-il pas y avoir deux sens qui cohabitent ? Roussel le nie vigoureusement :
« L’admettre, c’est se moquer de Dieu, se jouer de sa Parole et lui ôter toute valeur à force de vouloir lui en donner ! Si la Bible peut avoir deux sens, pourquoi pas trois, quatre, cinquante, cent ? Où s’arrêtera-t-on ? Si les dix premiers ne me conviennent pas, pourquoi n’en chercherais-je pas un onzième ? c’est-à-dire pourquoi n’y mettrais-je pas mon propre sens ? »
Ce qu’on n’admettrait pas chez un avocat ou un législateur, on ne peut pas non plus le tolérer chez un prédicateur :
« Mais parce que les prédicateurs ont le privilège de dire tout ce qu’ils veulent, sans être interrompus, il ne faut pas, ô Cyrille, abuser de ce privilège ; car Dieu vous demandera compte de ce que vos auditeurs auront forcément laissé passer, et un jour vous l’entendrez-vous rappeler ces mots de son apôtre, qu’il ne dit pas en même temps oui et non. »

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dimanche 25 août 2013

Laurent Drelincourt - Sur la divinité




Voici un autre des Sonnets chrétiens de Laurent Drelincourt (1625-1680):


Elève-toi, mon âme, et d’un vol glorieux,
Va dans le plus haut ciel, contempler l’invisible,
Le monarque infini, plus grand que tous les cieux,
La première beauté, l’être incompréhensible.

C’est lui qui toujours est, sans jamais être vieux,
C’est lui par qui tout est, à qui tout est possible ;
Qui, sans changer de place, est présent en tous lieux ;
Et dont tout l’univers est l’image sensible.

Eternel, trois fois bon, trois fois grand, trois fois saint,
Que le ciel même adore, et que la terre craint,
Fais que je t’aime autant que je te vois aimable.

Que t’ayant ici-bas contemplé par la foi,
Quelque jour, au sortir de ce corps périssable,
J’entre dans ton palais, pour être tout en toi.


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mercredi 14 août 2013

Jacques Saurin - Second sermon sur le renvoi de la conversion

Jacques Saurin (1677-1730)

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Le contenu

Dans son deuxième sermon sur le renvoi de la conversion, Jacques Saurin se penche sur le dossier scripturaire.

Le prédicateur exprime d’abord une appréhension : il craint que certains abusent de son discours, qui démontre comment « les trésors de la grâce aggravent la condamnation de ceux qui la changent en dissolution », et deviennent eux-mêmes une illustration de son propos.

Dans un premier temps, Saurin cite un certain nombre de textes où l’Ecriture exhorte, met en garde, menace ceux qui retardent leur conversion. Ensuite, il cherche à démonter deux dogmes défendus par ceux qui défendent la possibilité d’attendre avant de se convertir. Le premier de ces dogmes invoque le secours surnaturel de l’Esprit promis sous la nouvelle alliance, le deuxième le libre accès au pardon fondé sur la miséricorde de Dieu. Le prédicateur est conscient de marcher entre deux écueils également dangereux : « Car d’un côté, si nous nous éloignons de ces dogmes, nous abjurons la foi de nos pères, et nous nous attirons une note d’hétérodoxie. D’un autre côté, si nous donnons trop à ces dogmes, nous fournissons des prétextes au libertinage, nous [démolissons] ce que nous avons édifié, et nous nous réfutons nous-mêmes. »

Réfutation du premier dogme

Saurin s’attaque en premier à l’objection basée sur le secours surnaturel de l’Esprit. Il propose cinq considérations pour réfuter l’approche de ses adversaires.

Le premier argument se fonde sur l’institution du ministère dans l’Eglise. Le fait que Dieu ait voulu une Eglise où les fidèles s’approprient l’enseignement salutaire par une assimilation lente et patiente plaide contre l’inaction sous prétexte de l’attente d’une intervention surnaturelle de l’Esprit.

Deuxièmement, Dieu ordonne à ceux qui croient ne pas encore avoir reçu l’Esprit de faire des efforts. Or comment oserions-nous demander à Dieu de nous venir en aide si nos actes s’inscrivent en faux contre cette demande ?

Troisièmement, Dieu nous invite à joindre notre action à l’action de son Esprit ; maintes passages de l’Ecriture affirment à la fois l’action de Dieu et le devoir de l’homme qui en découle. L’affirmation que c’est Dieu qui produit en nous le vouloir et le faire est suivie de près de l’exhortation à travailler à notre salut avec crainte et tremblement.

Quatrièmement, dans d’autres textes, l’Ecriture contient des menaces à l’égard de ceux qui refusent de répondre aux soins de la grâce. Le serviteur infidèle qui néglige de cultiver son talent s’en voit finalement privé.

Enfin, l’Ecriture conclut de notre impuissance et des promesses de la grâce la conclusion qu’il convient d’œuvrer à son salut et d’être vigilant.

Tout cela milite fortement contre l’idée que l’homme puisse différer sa conversion. L’Esprit de Dieu agit au-dedans de nous, il est vrai, mais cela doit nous inciter à faire tout notre possible pour nous inscrire dans cette action. On peut donc conclure avec assurance que les secours de l’Esprit, loin de fonder un renvoi de la conversion, « fonde la nécessité de former des actes de piété pour en acquérir l’habitude ; … Mais tandis que tu imploreras ce secours, tandis que tu gémiras dans le sentiment de ton impuissance, travaille à te surmonter et à triompher de toi-même ; tire des promesses de Dieu des motifs à te sanctifier et à t’instruire, et lors même que tu diras : je ne suis rien, je ne puis rien, agis comme si tout dépendait de toi, comme si tu pouvais toutes choses. »

Réfutation du deuxième dogme

Saurin s’attaque ensuite à l’objection fondée sur la miséricorde de Dieu. Il y discerne le « paroxysme de la corruption, et l’ingratitude au degré suprême ».

Le prédicateur questionne d’abord la nature inconditionnelle de la miséricorde de Dieu. L’Evangile est une alliance, c’est-à-dire un contrat mutuel entre deux parties. Quelles sont alors les conditions qui nous sont imposées ? C’est une disposition de l’âme qui est désignée sous les noms de foi et de repentance. Implique-t-elle le renoncement au vice et un changement total de vie ?

Avant de poursuivre, Saurin exprime sa honte devant les chrétiens d’autres communions qui pourraient être scandalisés que cela est sujet à discussion dans le camp réformé. Il s’en excuse en concédant qu’il y a des insensés dans chaque société, y compris chez les réformés.

Si la foi et la repentance n’étaient que le simple désir d’avoir part au mérite de Jésus-Christ, l’Evangile serait « la plus impure des religions », et même « une invitation au crime », mais il en est tout autrement. Elles referment le renoncement au monde, l’abandon de nos méfaits, la transformation du cœur du croyant. Ainsi s’effondre l’argument de ceux qui invoquent la miséricorde de Dieu pour justifier le renvoi de leur conversion.

Saurin revient à l’une des conclusions de son premier sermon : un homme qui aura persévéré dans le vice toute une vie durant, comment pourra-t-il se défaire de ses habitudes, si ce n’est par une grâce extraordinaire de l’Esprit ? Mais comment nourrir l’espoir que l’Esprit agira de la sorte à l’égard de quelqu’un qui lui aura résisté ? Le prédicateur conclut : « pour être secouru de la grâce, il faut vivre dans une continuelle vigilance ; pour être l’objet de la miséricorde, il faut avoir la repentance et la foi ; la seule marque non suspect de ces vertus, c’est une longue suite d’action pieuses ; sans un miracle de la grâce, et dans le cours ordinaire de la religion, un homme qui a consumé sa vie dans le crime, quelques soupirs qu’il pousse au ciel à l’heure de la mort, a lieu de craindre que l’accès à la miséricorde ne lui soit fermé. »

Application

Saurin passe ensuite à l’application. Il s’attaque à ceux qui affirment qu’ils ne sauraient concevoir que Dieu soit aussi rigoureux. Il établit que l’incompréhensibilité des assertions de l’Ecriture ne saurait servir de critère de leur acceptation. Mais même si on invoque la raison, elle plaide contre les adversaires de l’orthodoxie, car la miséricorde de Dieu est tout aussi incompréhensible que sa sévérité.

Ensuite, Saurin se permet un argument ad hominem. Ceux qui trouvent la justice de Dieu trop riguoureuse, ce ne sont pas ceux qui travaillent à leur salut, mais ceux qui « lâchent la bride à leurs passions ».

L’argument que cette miséricorde apparaît trop limitée est balayé par un exposé de l’action généreuse de Dieu : seuls les impénitents et les endurcis sont exclus du paradis.

L’objection que selon cet Evangile, il n’y aurait que peu de gens sauvés ne fait pas long feu non plus, car Jésus-Christ lui-même l’a affirmé. Des millions d’hommes israélites partis d’Egypte, seulement deux ont pu entrer dans la Terre promise !

A l’objection que la prédication de cette doctrine porterait les hommes au désespoir, Saurin répond avec ironie. Les adversaires ne sont pas des consciences faibles et délicates, mais des hommes froids et indifférents, « vendus au monde », et qui plus est, il n’est pas encore trop tard pour eux !

Saurin aborde pour finir le rôle et la grandeur du ministère pastoral qui doit annoncer avec fidélité ce message. L’un des derniers passages du sermon aborde de manière poignante la difficulté de la tâche d’un pasteur appelé chez un mourant qui feint de se convertir sur son lit de mort. La pression est grande sur le ministre d’abonder en ce sens alors qu’il y a là de quoi avertir tout l’entourage du mourant.

Le prédicateur clôt en affirmant que Dieu se trouve encore, maintenant. Il n’est pas trop tard, mais demain, Dieu ne se trouvera peut-être plus.

Le sermon se termine sur une série de vœux : « Puissiez-vous, dès à présent, former la résolution de mettre à profit une liberté si précieuse ! Puisse l’heure de votre mort répondant à la sincérité de vos résolutions, et à la sainteté de votre vie, vous ouvrir les portes du ciel, et vous faire trouver dans la gloire ce Dieu que vous aurez trouvé favorable dans l’Eglise ! Dieu vous en fasse la grâce. »

Importance de ce sermon

Il s’agit d’une très belle suite à son premier sermon, encore plus poignante que la première partie. Le point de vue de l’Ecriture est déroulé avec brio, Saurin décoche des flèches qui ne ratent pas leur cible. L’argumentation est puissante et à point. Du grand art, à notre avis.

Structure

Le sermon est assez structuré ; Saurin annonce les grands arguments et des points de sa démonstration, et il s’y tient.

Partie doctrinale 

1. Réfutation du premier ‘dogme’ des tenants d’un conversion tardive : le secours de l’Esprit
Les cinq preuves 
2. Réfutation du deuxième ‘dogme’ : la miséricorde de Dieu

Application
  • Réfutation d’arguments invoqués contre la position orthodoxe
  • Grandeur et difficulté du ministère pastoral
  • Invitation à saisir l’offre de Dieu sans tarder

Points faibles

Nous n’avons pas grand chose à redire sur ce beau sermon. A la limite, on peut se demander si le sujet est encore d’actualité ; dans nos sociétés post-chrétiennes le renvoi de la conversion ne semble plus guère être un problème pastoral qui mérite une série de trois prédications de ce calibre. En effet, l’attitude qui consiste à remettre la conversion à plus tard semble relativement rare ; la plupart de nos contemporains n’ont pas la moindre intention de se convertir, ni maintenant, ni plus tard.

Peut-être pourrait on critiquer l’approche pastorale du grandiose passage final « On n’a point d’idée de notre ministère … » où Saurin semble affirmer qu’il faut refuser d’apaiser un homme qui se convertit sur son lit de mort. Certes, une telle conversion est suspecte, et le risque d’une fausse conversion est réel, mais ne devrait-on pas appliquer la règle in dubio pro reo et laisser à Dieu le soin de séparer le grain de l’ivraie ? Le pasteur qui se montre inflexible en ces moments risque de son côté de s’ériger en juge des consciences, ce qui est, à notre avis, problématique.

Eléments de rhétorique

Saurin utilise volontiers des refrains multiples. Ainsi, il aligne huit questions « Pourquoi … ? » et peu de temps après, une nouvelle série de sept « Pourquoi … ? », suivie de près par une série de quatre « Puisque …, ne concevez-vous pas que … ». On peut également signaler une quadruple répétition des affirmations « … voilà l’action de Dieu ; … voilà le devoir de l’homme » et autant de répétitions de la formule « Le Saint-Esprit agit au-dedans de nous, il est vrai ; mais … ». Un peu plus loin, nous voyons cinq répétitions de la formule « Un bon protestant croit que … » au sein d’un seul paragraphe. En expliquant la nature de la foi, Saurin répète trois fois « non par … mais par », et en abordant le comportement de ses adversaires, il répété quatre fois « et moi, je ne puis pas concevoir ». Dans les derniers paragraphes du sermon encore, nous rencontrons une série de huit « il se trouve … », suivis de six « qui saurait … ! ». Cette accumulation des refrains est réellement une marque de fabrique de Saurin, et on peut penser qu’un Adolphe Monod, qui a beaucoup lu Saurin, a trouvé l’inspiration d’en faire de même.

Observations diverses

Le sermon contient un bel exemple d’ironie mordante (deuxième paragraphe de la page 17 de notre transcription).

Aussi publié sur mon site consacré à la grande prédication française (ici).

vendredi 9 août 2013

Charles Drelincourt - l’action du Christ sur la mort (1)




Dans le quatrième chapitre de son traité de « Consolations de l’âme fidèle contre les frayeurs de la mort », Charles Drelincourt se penche sur l’action du Christ à l’égard de la mort, vu sous ses trois aspects (voir le chapitre 3). En mourant à notre place, le Christ nous a rachetés de la mort éternelle, l’enfer, mais son action concerne aussi la mort spirituelle, car il nous offre son Esprit vivifiant. Mais cette réanimation se fait par étapes : l’Esprit « nous régénère par degrés, et le nouvel homme se forme en nos cœurs peu à peu, comme l’enfant au ventre de sa mère ». Une partie de nos liens subsiste en attendant le jour de la grande délivrance : « le péché est bien encore en nous, mais il n’y règne plus ». Ainsi nous ressemblons à une femme tombée enceinte alors qu’elle est déjà âgée : la nouvelle vie en nous croît de jour en jour alors que le vieil homme diminue peu à peu. Quant à la mort corporelle, Drelincourt l’abordera au chapitre cinquième.


Aussi publié sur mon site consacré à la grande prédication chrétienne (ici). On y trouve également le facsimile du texte et un enregistrement audio.

lundi 5 août 2013

Laurent Drelincourt - Sur la vanité du monde, et sur le souverain bien



Voici un peu de poésie, extraite des Sonnets chrétiens de Laurent Drelincourt (1625-1680):


Va courir, si tu veux, l’un et l’autre hémisphère,
Tu n’y trouveras rien qui ne soit vanité,
Rien qui ne soit sujet à l’instabilité,
Rien dont ton âme, enfin se doive satisfaire.

Vois-tu pas du mondain la sensible misère ?
L’avare, avec son or, est en captivité,
L’ambitieux gémit, sous sa prospérité,
Et des plus doux plaisirs la fin devient amère.

Tu cherches donc, d’un œil vainement curieux,
Le suprême bonheur sous la voûte des cieux !
En vain ton cœur aveugle ici bas s’enracine.

Mortel, écoute-moi ; viens apprendre en ce lieu,
Que pour remplir une âme immortelle et divine,
Aucun bien ne suffit qui soit moindre que Dieu.


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Aussi publié sur mon site consacré à la grande prédication française (ici).

mardi 30 juillet 2013

Portraits de Hannah Honyman, épouse d’Adolphe Monod


En attendant un article sur Hannah Honyman, voici deux portraits d’elle. Nous remercions Madame Denise Zwilling Olgiati de les avoir mis à notre disposition.

Voici le premier portrait, en couleur :


James Osen, dans sa thèse « Prophet and Peacemaker – The Life of Adolphe Monod » (1984) reproduit également ce portrait (que Madame Pierre Olgiati lui avait transmis). La reproduction est plus nette, mais en noir et blanc :


Je suis heureux de pouvoir ajouter un deuxième portrait dont je pense qu’il n’a pas encore été publié :


Egalement publié sur mon blog consacré à Adolphe Monod (ici).

vendredi 19 juillet 2013

Charles Drelincourt - un pasteur et ses enfants



L’épître dédicatoire de l’ouvrage polémique « Le faux pasteur convaincu », publié en 1656 par le pasteur Charles Drelincourt, est un document assez intime. Il nous permet d’avoir une idée de la relation très forte qui liait ce pasteur à ses fils, sa manière de vivre la mort de sa jeune fille et sa façon d’éprouver la réalité de la vocation de son fils Henri pour le saint ministère. C’est une lettre à la fois très instructive et très émouvante, le témoignage édifiant d’un homme de foi.

NB: Dans cette épître, c’est Charles Drelincourt, pasteur à Charenton, qui s’adresse à son fils Laurent Drelincourt, pasteur à La Rochelle.


Egalement publié sur mon site consacré à la grande prédication chrétienne (ici) ; vous y trouverez aussi l’original en moyen français.

lundi 15 juillet 2013

Comment il ne faut pas prêcher : Pamphile



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Voici le deuxième portrait d’un mauvais prédicateur, extrait du traité « Comment il ne faut pas prêcher » de Napoléon Roussel (1857) ; il s’agit de l’ennuyeux Pamphile.

Cet orateur se contente de rabâcher toujours trois ou quatre idées dont seul l’enchaînement varie. En procédant de la sorte, ce prédicateur – qui se trouve souvent dans les rangs de l’orthodoxie – finit par ennuyer son auditoire. Sous prétexte de ne prêcher que le Christ crucifié – ce qui lui permet d’ignorer toutes les richesses de l’Ecriture – Pamphile s’adonne en fait à la paresse et à l’ignorance. Pour Roussel, il s’agit d’une faute aux conséquences lourdes : 
« Je ne prétends pas que le prédicateur soit tenu de posséder toutes les sciences pour les mettre à contribution (bien qui s’il le pouvait, ce n’en serait que mieux) ; mais je veux dire au moins que si Pamphile prenait la peine de sonder la Bible, et son propre cœur, il découvrirait dans ces deux mines profondes des richesses variées qu’il ne soupçonne même pas. » 
Un tel travail rendrait la prédication plus intéressante, à la fois pour l’orateur et pour son auditoire. Mais Pamphile n’en a cure : 
« Il a son système tout fait d’avance, et il ne réclame de l’Evangile que les services qu’un avocat attend du Code : des textes pour lui donner raison. » 
Selon Roussel, cette attitude cache, non seulement de la paresse, mais de la présomption et même un manque de foi : 
« Si nous étions plus profondément convaincus que c’est Dieu qui parle [dans la Bible], nous écouterions avec plus de respect au lieu d’interrompre le Seigneur pour lui dicter ce qu’il doit nous dire. » 
En négligeant l’étude de lui-même, Pamphile passe à côté d’« abîmes de profondeur » dont l’exploration lui permettrait de mieux connaître ses semblables, mais aussi de se rendre compte que son âme est soumise à des changements incessants. En ignorant cela, Pamphile perd en profondeur. 
« Oh ! Pamphile, soyez donc vous-même ; non pas vous d’hier, mais vous d’aujourd’hui, vous d’à présent. Soyez vrai, vous serez intéressant. »

Aussi publié sur mon site consacré à Adolphe Monod (ici).

dimanche 14 juillet 2013

Adolphe Monod – Gottes Erbarmen (aktualisiert)




Diese Predigt stellt die zweite von zwei Predigten Monods zu Römer 11.32 dar.

Meine Notizen zum ersten Teil finden Sie hier.

Zusammenfassung

Nachdem er seinen Zuhörern (und Lesern) kurz die wesentlichen Elemente der ersten Predigt in Erinnerung gerufen hat, wendet sich Monod direkt an diejenigen unter ihnen, die keine Bekehrung erlebt haben. Er macht deutlich, daß sie beunruhigt sein sollten, denn ihr Zustand ist ein Zustand der Schuld und des Elends; sie haben es nötig, „sowohl von der Strafe der Sünde als auch von der Sünde selbst“ befreit zu werden, sind aber unfähig, sich aus eigener Kraft daraus zu befreien, denn selbst ein tadelloser Lebenswandel kann die Fehler der Vergangenheit nicht ungeschehen machen, und es ist nicht möglich, auf den schlechten Fundamenten dieser Vergangenheit etwas Heiliges aufzubauen. Der einzige Ausweg aus dieser Lage findet sich daher in Gott.

Monod versucht also, den Plan Gottes darzulegen, wobei er diesmal ausschließlich auf Gottes Wort aufbaut, denn die menschliche Vernunft, die in der Lage war, die Verlorenheit des Menschen zu erklären, ist unfähig, die Lösung, die Gott in die Wege geleitet hat, zu erahnen.

In der Tat – und damit sind wir im Herzen der Frohen Botschaft – hat Gott eine Antwort auf das Problem der Schuld des Menschen gefunden, indem er ihm vergibt. Völlig außerstande, sich durch seine Werke zu rechtfertigen, bedarf der Mensch der Rechtfertigung durch den Glauben, die ihm zuteil wird als eine Gnade. Sie gründet sich auf das Werk Jesu Christi, der die Strafe, die wir verdienten, für uns getragen hat.

Monod gibt ohne Umschweife zu, daß diese Lehre sein Verständnis übersteigt und Fragen aufwirft, auf die er keine Antwort hat. Dessenungeachtet kann er sie „durch das was ihr vorangeht, und das, was ihr folgt“ erfassen, oder anders gesagt, dadurch, daß sie eine Antwort auf die Ängste des Gewissens darstellt und ihm Frieden schenkt.

Gott schenkt dem Menschen ebenfalls die Befreiung aus seinem Elend, indem er in ihm die Liebe zu Gott erneut entfacht. Wer auch immer das Werk des Sohns betrachtet, der sich für die Sünder hingibt, obwohl sie das in keiner Weise verdienen, kann nur ausrufen: „Was für eine Liebe! Mein Gott, was für eine Liebe!“

Im Prinzip müßte eine solche Liebe im Menschen die Liebe zu Gott entfachen, aber diese Reaktion findet nicht statt, es sein denn, der Heilige Geist bereitet seinen Geist entsprechend vor.

Monod legt dar, daß der Heilige Geist nicht nur den Aposteln, sondern allen Christen verheißen wurde. Er widerlegt ein paar falsche Ansätze und schließt dann mit den Worten: „Der Heilige Geist ist eine unmittelbare, wirkliche, übernatürliche Tätigkeit, ausgeübt auf unseren Geist von Gott, der unser Herz genauso beherrscht wie die Natur, und der uns Gefühle und Gedanken geben und nehmen kann, wie es ihm gefällt. … Der Heilige Geist ist Gott im Menschen.“

Der Prediger faßt selbst zusammen: 
„So hat es die göttliche Barmherzigkeit an nichts fehlen lassen für das Heil des sündigen Menschen. Der sündige Mensch bedarf einer doppelten Erlösung. Da er schuldig ist, bedarf er der Verzeihung; da er elend ist, bedarf er einer Umwandlung seines Herzens. Gott bietet ihm das eine wie das andere in Jesus Christus an. Er verzeiht im in Hinblick auf Jesus Christus, der an seiner Stelle die Strafe erlitten hat, die seine Sünden verdienten. Er verwandelt sein Herz, indem er ihm seine Liebe offenbart in der Erlösung, die er ihn durch den Heiligen Geist glauben und empfinden läßt.“
Es stellt sich also die Frage des Beitrags des Menschen – hat er nichts zu tun?

Monod antwortet auf diese Frage, indem er versichert, der Mensch müsse einen gewissen Seelenzustand anstreben, und zwar, indem er seinen Glauben ausübt. In diesem Zusammenhang unterscheidet der Prediger zwischen dem „Glauben an Gott“, d.h. „die allgemeine Überzeugung, daß die Bibel das Wort Gottes ist“, und eine seiner Folgen, dem „Glauben an Jesus Christus“, d.h. „die besondere Überzeugung, daß wir verloren sind und durch Jesus Christus gerettet werden können“. Es ist letzterer Glaube, der uns zum Heil bringt.

Aber wie kann man diesen Glauben erlangen? Angesichts des Paradoxons, daß der Glaube eine Gabe Gottes ist, und daß der Mensch aufgefordert ist, zu glauben, könnte man allen Mut verlieren. Aber in Wirklichkeit ist der Ausweg aus dem Dilemma einfach: es reicht, Gott darum zu bitten. Und auch wenn der Mensch nur einen kleinen Anfang von Glauben anzubieten hat, muß er ihn zum Einsatz bringen, um sich in diesen circulus virtuosus „vom Gebet zur Gnade, und von der Gnade zum Gebet“ einzuschreiben, der auf den Weg führt, wo Gottes Barmherzigkeit zu finden ist.

Monod wendet sich daraufhin an diejenigen, die seine Rede verwerfen. Er hat nichts dagegen, daß man die Form, die Sprache, die Anordnung der Ideen verwirft, mit anderen Worten: alles, was auf ihn selbst zurückgeht. Aber was den Inhalt angeht, die Grundlagen – das Elend des Menschen und seinen Bedarf nach Erlösung in Jesus-Christus, aus Gnade, durch den Glauben, das Werk des Heiligen Geistes – wer diese Dinge verwirft, verwirft das Evangelium selbst. Monod schlägt sehr feierliche Töne an: 
„Was ich euch gepredigt habe, ist nicht meine Meinung, es ist die Wahrheit. Es ist nicht meine Lehre, sondern die Lehre. Und mehr als das: es ist das Leben, und wenn ihr nicht daran glaubt, dann bleibt ihr im Tod.“ 
Derjenige, der diese Lehre verwirft, verwirft auch die Aussagen der Liturgie der reformierten Kirche und muß sich fragen, was er denn überhaupt in der Kirche macht. 
„… man muß auf irgendeine Weise aus einer so verkehrten Lage heraus: entweder nach vorn oder nach hinten, entweder die Sache annehmen oder den Namen aufgeben, entweder die Lehre empfangen oder darauf verzichten, ein Christ zu sein.“
Monod wendet sich schließlich an diejenigen seiner Zuhörer, die seine Rede zum Nachdenken gebracht hat; er lädt sie ein, sich an Gott zu wenden und ihn um die Gnade der Bekehrung zu bitten, mit der Bereitschaft, im alles zu opfern, was ein Hindernis darstellen könnte: Reichtum, Ruf, Wohlergehen, gewisse Beziehungen … „Bekehre mich, Herr, und ich bin bekehrt!“

Die Predigt endet mit einem Gebet, in dem Monod Gott anfleht, seinen Geist in die Herzen derer zu senden, die bereit sind, sich diesen Schritt zu tun.

Aufbau

Monod legt keinen Aufbau offen, aber seine Rede ist logisch geordnet. Es gibt hier kein wirkliches Exordium; die Rede beginnt mit einer Zusammenfassung der wichtigsten Elemente der ersten Rede. Was darauf folgt, könnte man zum Beispiel folgendermaßen ordnen:
  1. Ein zweifaches Problem: Schuld und Elend
  2. Die Antwort auf die Schuld: Versöhnung in Jesus Christus
  3. Die Antwort auf das Elend: Gottes Liebe wiederentdecken
  4. Die Notwendigkeit des Heiligen Geistes
  5. Die Notwendigkeit des Glaubens
  6. Einladung auf den Weg des Heils

Bedeutung dieser Predigt

Diese Predigt zeichnet sich durch ihre große theologische Tiefe aus. Monod behandelt sehr ernste und schwierige Fragen – die biblische Antwort auf die Schuld und das Elend des Menschen, die Lehre vom Heiligen Geist, die Theologie des Glaubens … – und er bleibt dennoch sehr klar. Monod gibt zu, daß er nicht Antwort auf alle Fragen hat, aber das hindert ihn nicht daran, das, was Gott geoffenbart hat, herauszustreichen und recht pragmatische Ansätze auf diese Offenbarung zu gründen.

Wie Fredrik Dahlbom in seiner Doktorarbeit (1923) sagt, ist Monods Nachdruck auf den Willen zum Glauben bemerkenswert; er findet eine Entsprechung im Leben des Predigers: 
„In seiner eigenen Bekehrung hatte sein Wille eine wichtige Rolle gespielt. Er war selbst ein Zweifler gewesen und hatte unter seinen Zweifeln gelitten. Er wollte glauben; das war auch der Grund, warum er den Kampf nicht aufgegeben hatte, als kaum noch Hoffnung bestand. Dessen ungeachtet ist bei Monod der Nachdruck auf den Willen nicht im Widerspruch zur Selbstaufgabe. Ganz im Gegenteil – der Wille bezeichnet hier den Willen zur Selbstaufgabe.“
Die originelle Unterscheidung zwischen dem „Glauben an Gott“ (vielleicht sollte man eher sagen, „Glaube an die Schrift“) und dem „Glauben an Jesus Christus“ verdient es auch, erwähnt zu werden.

Monods Sprache ist sehr gepflegt, man spürt seine Liebe zum Detail. Ein paar Beispiele sollen uns genügen; Monod stellt mérite et dignité (Verdienst und Würde) démérite et indignité (Verfehlungen und Unwürdigkeit) gegenüber, spricht von der Ankunft des schweren Sünders (pécheur des pécheurs) im Allerheiligsten (Saint des Saints) und kontrastiert ce que sa miséricorde a de plus tendre (die zärtlichsten Züge seiner Barmherzigkeit) mit ce que sa sainteté a de plus terrible (den schrecklichsten Zügen seiner Heiligkeit).

Schwachpunkte

Mir scheint, die Rede ist sehr dicht, und vielleicht zu dicht, was ihren theologischen Gehalt angeht. Monod verwendet wenige Bilder; alles ist sehr auf den Intellekt abgerichtet und abstrakt, und das über fünfzig Minuten hinweg. Monod stellt damit den durchschnittlichen Zuhörer auf eine harte Probe. Daß er sein Publikum dennoch nicht verloren hat, ist wohl seinen großen Beredsamkeit zu verdanken.

In seiner obengenannten Doktorarbeit stellt Fredrik Dahlbom diese Schwäche in einen weiteren Zusammenhang: 
„[Monod] versucht, die Religion aus ihrer Gefangenschaft zu befreien, in der sie der Moralismus der Aufklärung verkommen lassen hatte. Er möchte sie in ihre Heimat zurückbringen. Aber sein Verständnis der Offenbarung bringt ihn dazu, ihr eine neue Gefangenschaft aufzubürden, nämlich den Intellektualismus. So wie die Aufklärung Religion und Moral verwechselte, so laufen Monod und die Erweckungsbewegung Gefahr, Religion und Glauben (croyance) zu verwechseln. Ein typisches Beispiel findet sich in der Predigt Gottes Barmherzigkeit, wo er den Glauben untersucht und unterscheidet zwischen dem „Glauben an Gott“, d.h. dem Glauben, daß alles was Gott in seinem Wort sagt, wahr ist, und dem „Glauben an Jesus Christus“, d.h. dem Glauben an eine Kraft außerhalb unserer Person, die sich erst entfalten kann, wenn wir alles Falsche aus uns entfernt haben, durch Selbstaufgabe. Es ist klar, daß Monod denkt, daß [der Glaube im Sinne von] Vertrauen entscheidend ist und daß [der Glaube im Sinne der] Annahme und des Festhaltens [an der Lehre] nur dazu dient, eine Grundlage für das Vertrauen zu schaffen. Aber in der Praxis sehen wir das Gegenteil. Er taucht dermaßen tief in abstrakte Darlegungen, daß das, was nur eine Basis für den Glauben als Vertrauen sein sollte, in den Vordergrund rückt und den Aspekt des Vertrauens in den Hintergrund schiebt.“

Rednerische Elemente

Man kann nicht umhin, drei Refrains zu bemerken, die die zweite Hälfte der Rede rhythmisch beleben. Da ist zuerst die vierfache Wiederholung des Aufschreis „Was für eine Liebe! Mein Gott, was für eine Liebe!“ in der Mitte der Predigt; dann finden wir ganze 14 (!) Wiederholungen der Frage „Willst du … ?“, kurz darauf gefolgt von 15 (!) Wiederholungen der Feststellung „Es ist das Evangelium von …“. Jede dieser Wiederholungen als solche verfehlt ihre Wirkung nicht, aber mir scheint, Monod es durch die Ansammlung dieser Effekte es ein wenig zu weit getrieben hat. Zumal dies noch nicht alle Refrains sind; wir finden darüberhinaus noch drei Mal „Nein, sagt die Schrift.“ und ganz am Ende der Predigt, vier Mal „Willst Du ...“, gefolgt von vier „... geht allem vor.“ Manchmal ist eben weniger mehr.

Andere Bemerkungen

Monod zeigt sich recht weitherzig in seiner Liste von Bürgschaften für das Evangelium, das er verkündet. Er zitiert nicht nur Calvin und Luther, sondern auch Fénelon, Thomas a Kempis und den St. Bernhard. Vermutlich wären nicht alle evangelischen Prediger unserer Zeit bereit, sich auf alle diese großen christlichen Männer zu berufen.


Auch auf meiner Monod-Website veröffentlicht (hier) - dort finden Sie auch eine Aufnahme der deutschen Übersetung und einiges mehr.

lundi 8 juillet 2013

Theremin sur Massillon



Voici un petit texte de la plume du prédicateur protestant allemand Franz Theremin (1780-1846) dans lequel il exprime sa profonde admiration pour ... Massillon:

Mais je ne peux pas davantage repousser la révélation du nom de l’orateur que j’avais lu il y a bien longtemps déjà, que je lisais avec une assiduité croissante, et à qui je reconnaissais le plus haut degré d’éloquence religieuse, tout comme je reconnaissais à Démosthène le plus haut degré d’éloquence politique. Ou plutôt, je ne vais pas le citer, je vous laisse deviner. Est-ce un allemand ? Mais non ! Est-ce un anglais ? Non ! C’est donc un français. Peut-être le réformé Saurin ? Surtout pas ! Donc un catholique ? Peut-être Bossuet ? Il fut un grand orateur funèbre, mais si ses prédications n’étaient pas meilleures que les esquisses que nous en possédons, elles devaient être un bavardage peu édifiant. Peut-être Bourdaloue ? C’était un homme des plus honorables, et un prédicateur excellent, mais qui est toujours en train d’enseigner, et dont les tonnerres même sont encore didactiques. Alors il n’en reste qu’un seul, qui ne peut pas vous échapper – si vous êtes français – c’est Massillon ! Je dis bien, si vous êtes français. Car si vous êtes allemand, il y a peu de chances que vous tombiez sur lui. On ne le connaît pas en Allemagne ; on cite tout au plus ses conférences et discours synodaux, qui ne sont pas ce qu’il a fait de mieux, ainsi que les sermons du « Petit Carême » qu’il a donnés devant le jeune Louis XV et qu’il ne faudrait citer que comme un dévoiement de son éloquence. Mais les autres prédications de carême, qui sont vraiment majeures, et les grandioses prédications d’avent – personne ne les connaît en Allemagne, du moins dans l’Eglise protestante. Peut-être parce qu’il est catholique ? Mais c’est précisément pour cela que nous sommes protestants, afin de pouvoir apprécier tout ce qui est excellent, quelle que soit son origine. Hélas, en Allemagne on n’apprécie pas toujours les choses qui me sont chères au-delà de toute expression, et moi aussi, je ne sais pas toujours apprécier les choses qu’on vante au-delà de toute expression en Allemagne.

Alors, en quoi consiste, selon moi, la grandeur rhétorique très particulière de Massillon ? En ce qu’il considère la prédication toujours comme un combat, et qu’il mène ce combat avec autant de force que d’habileté. Cette notion est tout à fait inexacte, diront, non pas vous, mais des spécialistes de l’homilétique allemands, car la prédication n’est que la représentation de la conscience religieuse de la communauté, en vue de son réveil et de son plaisir. Son plaisir ? Je vous le demande, quand est-ce que nous deux avons ressenti du plaisir lors d’une prédication, sans que l’orateur nous ait terrassés, brisés, blessés, puis guéris, relevés et redressés ? Et comment faire cela si ce n’est en nous combattant ? Celui qui me prépare d’autres plaisirs, et d’une autre manière, moi au moins, je ne prendrai pas plaisir à ses prédications.

Dès que Massillon ouvre la bouche, il abandonne la place de l’enseignant, car il ne développe pas une vérité, il ne démontre pas comment mettre en application un commandement, mais il préfère chercher les obstacles qui se dressent contre l’adoption de cette vérité, et la mise en pratique du commandement. Il les trouve dans la perdition des hommes dans leurs passions, dans les innombrables illusions conscientes, dans les raisons apparentes qu’ils se forment et par lesquelles ils se mentent et se trompent eux-mêmes ! Oh, comme il oblige les cœurs à lui révéler leurs secrets les plus enfouis ! Comme il remue les entrailles de l’homme avec une main sûre et sans pitié ! Comme il sait le pousser, l’aiguillonner, susciter en lui la peur, la pitié, la terreur et l’effroi ! Et pourtant, il n’est pas dur, il est délicat, et même tendre ; il connaît toutes les malheureuses faiblesses du cœur humain, et s’il les connaît si bien, c’est parce qu’il les trouve, ou les a trouvées, dans son propre cœur, et il semble toujours conscient de cela. Tantôt il nous exaspère en creusant et en nous pénétrant ; tantôt nous capitulons devant cette puissance qui se déploie et qui broie tout ; tantôt il nous fait fondre, attendris par sa douceur fondante et sa tendresse. Ne croyez pas, quand il se tient là et parle, qu’il existe quelque chose sur terre qui pourrait l’effrayer. Il parle devant des rois, devant des ducs, devant les grands de ce monde, mais précisément parce qu’il parle devant de tels gens, il leur révèle aussi leur perdition et sa profondeur. Il les assaille, il tempête contre eux, le sol tremble sous leurs pieds, et ses auditeurs dans la chapelle de Versailles sont soulevés de leurs sièges et emportés par les terreurs du jugement. Il n’est qu’un membre d’une congrégation, un simple prêtre de l’Oratoire ; il n’a pas encore été introduit dans le monde et dans la fréquentation des grands par de hautes dignités ecclésiales. Il n’empêche, si les grands de la cour française de l’époque possédaient une haute culture, et si leurs mots coulaient de leurs lèvres avec une grâce irrésistible, le prêtre de l’Oratoire les égalait en cela, ou les dépassait même ; et dans cet homme qui leur révèle les secrets du monde invisible, ils doivent admirer les qualités de leur propre monde – qui d’ailleurs semble lui importer très peu. Hélas, il est avant tout un prédicateur de la loi ! – et en tant que catholique, il n’avait guère le choix. Il y a si peu de passages où il parle de la grâce en Christ, avec la ferveur de son sentiment profond et pieux ! S’il avait toujours prêché le doux évangile de la grâce en Christ, s’il avait fondé l’amour sur la foi, il n’y a pas grand-chose, ou rien, qui l’aurait séparé de la perfection.

Notre traduction d’un passage extrait de Franz Theremin, Abendstunden, Berlin, Duncker und Humblot, 1852, pp. 301-304

Egalement publié sur mon site consacré à la grande prédication chrétienne (ici). On y trouve aussi l’original allemand.

dimanche 7 juillet 2013

Charles Drelincourt – Le monstre à trois têtes




Dans le troisième chapitre de ses Consolations, Drelincourt cherche à ouvrir les yeux de ses lecteurs sur la nature de cet ennemi qu’ils ont à combattre, ce « monstre à trois têtes » qu’est la mort. En effet, selon lui, il y a trois sortes de mort :
  • la mort corporelle, c’est-à-dire la séparation de l’âme d’avec le corps : l’âme de l’homme, étincelle et rayon de la divinité, est immortelle, mais le corps ne l’est pas ; il se corrompt dès que l’âme le quitte : « Après s’être reposée sur une couche d’or, et avoir traîné la pourpre, [la chair] se voit étendue sur une couche de vers, et la vermine lui sert de couverture. »
  • la mort spirituelle, c’est-à-dire la séparation de l’âme d’avec Dieu : Dieu étant la source de vie, la séparation d’avec lui entraîne la mort. De par sa faute, Adam a subi cette mort et les effets désastreux qui l’accompagnent : « … tout ainsi que notre corps, étant séparé d’avec notre âme, engendre une fourmilière de vers qui le rongent, et qu’il en sort une puanteur insupportable, de même, lorsque notre âme est séparée d’avec Dieu, elle engendre une légion de convoitises qui la dévorent sans cesse, et la mauvaise odeur de ses crimes infecte le ciel et la terre. »
  • la mort éternelle, c’est-à-dire la séparation totale de l’homme d’avec Dieu, l’enfer. Drelincourt nous livre une description grandiose et terrifiante de cette réalité et des souffrances qu’elle représente ; âmes sensibles s’abstenir.

Il n’y a qu’un point sur lequel nous ne sommes pas d’accord avec la présentation de Drelincourt : il dépeint les damnés comme étant toujours en révolte contre Dieu, ce qui cadre mal avec la prophétie selon laquelle tout genou fléchira. Probablement, l’état de damnation est un état d’éternels regrets plutôt qu’un état d’éternelle rage. Si nous avons raison, il est également douteux que « Dieu se rira et se moquera de leur extrême calamité », comme le dit Drelincourt à la fin du chapitre. Dieu se rit effectivement de ses ennemis, comme le dit un psaume, mais cela semble appartenir à la dispensation présente, plutôt qu’à la nouvelle terre et au nouveaux cieux qui sont à venir. 

Aussi publié sur mon site consacré à la grande prédication chrétienne (ici). On y trouve également le facsimile du texte et un enregistrement audio.